Troubles dépressifs

ParWilliam Coryell, MD, University of Iowa Carver College of Medicine
Reviewed ByMark Zimmerman, MD, South County Psychiatry
Vérifié/Révisé Modifié janv. 2026
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Les troubles dépressifs sont caractérisés par une humeur triste, vide ou irritable suffisamment grave et persistante pour interférer avec le fonctionnement. La cause exacte est inconnue, mais elle implique des facteurs génétiques, des modifications des taux des neurotransmetteurs, une altération des fonctions neuroendocrines et des facteurs psychosociaux. Le diagnostic repose sur des critères psychiatriques standards. Le traitement comprend habituellement les médicaments antidépresseurs et/ou la psychothérapie et, parfois, l'électroconvulsivothérapie (sismothérapie) ou la stimulation magnétique transcrânienne rapide.

Le terme de dépression est souvent utilisé en référence à plusieurs types de troubles dépressifs. Certains sont classés dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition, Text Revision (1) par symptômes spécifiques:

D'autres sont classés par étiologie:

  • Trouble dysphorique prémenstruel

  • Trouble dépressif induit par une substance/traitement

  • Trouble dépressif dû à un autre trouble somatique

Les troubles dépressifs surviennent à tout âge mais se développent généralement au milieu de l'adolescence, dans la vingtaine ou la trentaine (voir aussi Troubles dépressifs chez l'enfant et l'adolescent), avec un âge moyen d'apparition de 29 ans pour le trouble dépressif majeur aux États-Unis (2, 3). En médecine générale, environ 13% des patients ont un diagnostic de dépression (4).

(Voir aussi Revue générale des troubles de l'humeur.)

Démoralisation et chagrin

Toutes les humeurs tristes ou dépressives, les sentiments de vide ou l'irritabilité ne sont pas des manifestations d'une dépression, bien que les termes "dépression" et "déprimé" soient souvent utilisés pour décrire une baisse de moral ou un découragement qui constituent des variations normales de l'humeur ou une réponse normale à une expérience difficile ou à une situation éprouvante (p. ex., facteurs de stress académiques ou financiers, maladie grave) ou à des deuils (p. ex., décès d'un être cher). Les termes « démoralisation » et « deuil » sont plus appropriés pour désigner de tels états d'esprit.

Contrairement à ceux de la dépression clinique, les sentiments négatifs liés à la démoralisation et au deuil,

  • Se produisent et se résolvent et ont tendance à être liés aux pensées ou aux rappels de l'événement déclencheur

  • Ils se résolvent lorsque les circonstances ou les événements s'améliorent

  • Ils peuvent être entrecoupés de périodes d'émotion positive et d'humour

  • Ils ne sont pas accompagnés de sentiments envahissants d'inutilité et de dégoût de soi

Les baisses de moral qui ne font pas partie d'un trouble de l'humeur durent généralement moins d'une semaine et ne s'accompagnent pas de pensées suicidaires récurrentes ni d'une perte de fonction prolongée.

Cependant, les événements et les facteurs de stress qui causent la démoralisation et la douleur peuvent aussi déclencher un épisode dépressif majeur, en particulier chez les sujets vulnérables (p. ex., ceux ayant des antécédents ou des antécédents familiaux de dépression majeure). Chez un petit nombre de patients, le deuil peut devenir persistant et invalidant. Cette affection est appelée trouble du deuil prolongé et peut nécessiter un traitement.

Références générales

  1. 1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing; 2022.

  2. 2. Hasin DS, Sarvet AL, Meyers JL, et al. Epidemiology of Adult DSM-5 Major Depressive Disorder and Its Specifiers in the United States. JAMA Psychiatry. 2018;75(4):336-346. doi:10.1001/jamapsychiatry.2017.4602

  3. 3. Jamet C, Dubertret C, Le Strat Y, Tebeka S. Age of onset of major depressive episode and association with lifetime psychiatric disorders, health-related quality of life and impact of gender: A cross sectional and retrospective cohort study. J Affect Disord. 2024;363:300-309. doi:10.1016/j.jad.2024.07.017

  4. 4. Jackson JL, Kuriyama A, Bernstein J, et al. Depression in primary care, 2010-2018. Am J Med. 135(12):1505-1508, 2022. doi: 10.1016/j.amjmed.2022.06.022

Étiologie des troubles dépressifs

La cause exacte des troubles dépressifs est inconnue, mais des facteurs génétiques, épigénétiques, neurobiologiques, psychosociaux et environnementaux y contribuent.

L'héritabilité des troubles dépressifs est estimée à environ 30 à 50% (elle est moindre dans la dépression à début tardif) (1, 2). Ainsi, la dépression est plus fréquente chez les apparentés au 1er degré des patients déprimés et la concordance entre jumeaux monozygotes est élevée (2). Les facteurs génétiques impliqués dans le développement de la dépression semblent être polygéniques (3).

D'autres théories se concentrent sur les modifications des taux de neurotransmetteurs, y compris la régulation anormale de la neurotransmission cholinergique, catécholaminergique (noradrénergique ou dopaminergique), glutamatergique et sérotoninergique (5-hydroxytryptamine) (4, 5). Le dysfonctionnement neuroendocrinien peut être un facteur impliqué, en particulier sur 3 axes: l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, hypothalamo-hypophyso-thyroïdien et hypothalamo-hypophyso-somatotrope (6–9).

Les femmes présentent un risque plus élevé; aux États-Unis, la prévalence sur 12 mois chez les femmes est de 13%, contre 7% chez les hommes (10). L'origine de cette différence entre les sexes est probablement multifactorielle (11). Les facteurs possibles comprennent les suivants (8, 12, 13):

  • Une plus grande exposition ou une réponse accrue aux contraintes quotidiennes

  • Des taux de monoamine oxydase (l'enzyme qui dégrade les neurotransmetteurs considérés comme importants pour l'humeur) plus élevés

  • Des taux plus élevés de dysfonctionnement thyroïdien (et potentiellement une vulnérabilité accrue aux effets du dysfonctionnement thyroïdien sur la dépression chez la femme)

  • Des changements endocriniens qui se produisent lors des menstruations et à la ménopause

De plus, les personnes transgenres et non binaires semblent présenter des taux de dépression plus élevés que les personnes cisgenres (64% contre 14% de prévalence au cours de la vie dans une étude nationale aux États-Unis [n = 9 861]) (14).

Les facteurs psychosociaux semblent également impliqués (11). Les facteurs associés à un risque accru de dépression comprennent l'adversité chronique (p. ex., le harcèlement, les facteurs de stress socio-économiques, les maladies chroniques) et les expériences infantiles indésirables. Des stress majeurs de la vie, en particulier des séparations et des pertes, précèdent fréquemment les épisodes de dépression majeure; cependant, ces événements n'entraînent habituellement pas de dépression durable et sévère, sauf chez les personnes prédisposées à un trouble de l'humeur.

Les personnes qui ont connu un épisode de dépression majeure ont un risque plus élevé d'épisodes ultérieurs (15). Les sujets qui sont moins résilients et/ou avec des tendances anxieuses peuvent être plus susceptibles de développer un trouble dépressif (16). Ces sujets ne développent souvent pas de compétences sociales pour s'adapter aux événements de vie stressants. La présence d'autres troubles psychiatriques augmente les risques de trouble dépressif majeur (11).

Les troubles de l'humeur peuvent survenir dans le cadre de pathologies médicales particulières ou être associés à des fluctuations hormonales ou à des profils saisonniers.

Les symptômes du trouble dysphorique prémenstruel surviennent de manière cyclique à certains moments du cycle menstruel. Dans la dépression périnatale, les symptômes apparaissent pendant la grossesse ou dans les 4 semaines suivant l'accouchement (voir Dépression du postpartum); les modifications endocriniennes ont été mises en cause, mais l'étiologie précise reste inconnue. La présence d'une dépression périnatale est associée au diagnostic ultérieur de trouble dépressif caractérisé et de trouble bipolaire (17).

En cas de troubles thymiques saisonniers, les symptômes apparaissent suivant un rythme saisonnier, typiquement pendant l'automne ou l'hiver; le trouble se manifeste généralement sous les climats avec des hivers longs et rigoureux.

Des symptômes ou des troubles dépressifs peuvent survenir durant l'évolution de différentes pathologies médicales générales, dont les pathologies thyroïdiennes, les pathologies surrénaliennes, les tumeurs cérébrales bénignes et malignes, les accidents vasculaires cérébraux, l'infection avancée par le VIH, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques (voir tableau ).

La dépression peut réduire les défenses immunitaires. La dépression est associée à un risque accru de troubles cardiovasculaires, d'infarctus du myocarde et d'accidents vasculaires cérébraux, peut-être parce que dans la dépression, les cytokines et les facteurs qui favorisent la coagulation du sang sont élevés et que la variabilité de la fréquence cardiaque diminue—tous étant des facteurs de risque potentiels de troubles cardiovasculaires (18, 19).

Certains médicaments, tels que les corticostéroïdes, certains bêta-bloqueurs, l'interféron et la réserpine, peuvent également déclencher des troubles dépressifs. L'abus de certaines substances et drogues illicites (p. ex., alcool ou amphétamines) peut déclencher ou accompagner une dépression. Les effets toxiques ou le sevrage de médicaments peuvent déclencher des symptômes dépressifs transitoires.

Tableau
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Références pour l'étiologie

  1. 1. Kendall KM, Van Assche E, Andlauer TFM, et al. The genetic basis of major depression. Psychol Med. 2021;51(13):2217-2230. doi:10.1017/S0033291721000441

  2. 2. Sullivan PF, Neale MC, Kendler KS. Genetic epidemiology of major depression: review and meta-analysis. Am J Psychiatry. 2000;157(10):1552-1562. doi:10.1176/appi.ajp.157.10.1552

  3. 3. Agerbo E, Trabjerg BB, Børglum AD, et al. Risk of Early-Onset Depression Associated With Polygenic Liability, Parental Psychiatric History, and Socioeconomic Status. JAMA Psychiatry. 2021;78(4):387-397. doi:10.1001/jamapsychiatry.2020.4172

  4. 4. Ghasemi M, Phillips C, Fahimi A, et al. Mechanisms of action and clinical efficacy of NMDA receptor modulators in mood disorders. Neurosci Biobehav Rev. 80:555-572, 2017. doi: 10.1016/j.neubiorev.2017.07.002

  5. 5. Li S, Gao M, Mou Z, Zhang H, Wang Y, Zhang Y. Advances in neurotransmitter-mediated prefrontal circuitry in depression. Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry. 2025;141:111475. doi:10.1016/j.pnpbp.2025.111475

  6. 6. Min W, Liu C, Yang Y, et al. Alterations in hypothalamic-pituitary-adrenal/thyroid (HPA/HPT) axes correlated with the clinical manifestations of depression. Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry. 2012;39(1):206-211. doi:10.1016/j.pnpbp.2012.06.017

  7. 7. Feng G, Kang C, Yuan J, et al. Neuroendocrine abnormalities associated with untreated first episode patients with major depressive disorder and bipolar disorder. Psychoneuroendocrinology. 2019;107:119-123. doi:10.1016/j.psyneuen.2019.05.013

  8. 8. Bode H, Ivens B, Bschor T, Schwarzer G, Henssler J, Baethge C. Association of Hypothyroidism and Clinical Depression: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Psychiatry. 2021;78(12):1375-1383. doi:10.1001/jamapsychiatry.2021.2506

  9. 9. Tajiri M, Suzuki Y, Tsuneyama N, Arinami H, Someya T. Hormonal Dynamics Effect of Serum Insulin-Like Growth Factor I and Cortisol/Dehydroepiandrosterone Sulfate Ratio on Symptom Severity of Major Depressive Disorder. J Clin Psychopharmacol. 2019;39(4):367-371. doi:10.1097/JCP.0000000000001071

  10. 10. Hasin DS, Sarvet AL, Meyers JL, et al. Epidemiology of Adult DSM-5 Major Depressive Disorder and Its Specifiers in the United States. JAMA Psychiatry. 2018;75(4):336-346. doi:10.1001/jamapsychiatry.2017.4602.

  11. 11. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision. American Psychiatric Association Publishing; 2022.

  12. 12. Di Benedetto MG, Landi P, Mencacci C, Cattaneo A. Depression in Women: Potential Biological and Sociocultural Factors Driving the Sex Effect. Neuropsychobiology. 2024;83(1):2-16. doi:10.1159/000531588

  13. 13. Sacher J, Rekkas PV, Wilson AA, et al. Relationship of monoamine oxidase-A distribution volume to postpartum depression and postpartum crying. Neuropsychopharmacology. 2015;40(2):429-435. doi:10.1038/npp.2014.190

  14. 14. Eccles H, Abramovich A, Patte KA, et al. Mental Disorders and Suicidality in Transgender and Gender-Diverse People. JAMA Netw Open. 2024;7(10):e2436883. Published 2024 Oct 1. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.36883

  15. 15. Bulloch A, Williams J, Lavorato D, Patten S. Recurrence of major depressive episodes is strongly dependent on the number of previous episodes. Depress Anxiety. 2014;31(1):72-76. doi:10.1002/da.22173

  16. 16. Struijs SY, de Jong PJ, Jeronimus BF, van der Does W, Riese H, Spinhoven P. Psychological risk factors and the course of depression and anxiety disorders: A review of 15 years NESDA research. J Affect Disord. 2021;295:1347-1359. doi:10.1016/j.jad.2021.08.086

  17. 17. Liu X, Agerbo E, Li J, Meltzer-Brody S, Bergink V, Munk-Olsen T. Depression and Anxiety in the Postpartum Period and Risk of Bipolar Disorder: A Danish Nationwide Register-Based Cohort Study. J Clin Psychiatry. 2017;78(5):e469-e476. doi:10.4088/JCP.16m10970

  18. 18. Levine GN, Cohen BE, Commodore-Mensah Y, et al. Psychological Health, Well-Being, and the Mind-Heart-Body Connection: A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation. 2021;143(10):e763-e783. doi:10.1161/CIR.0000000000000947

  19. 19. Krittanawong C, Maitra NS, Qadeer YK, et al. Association of Depression and Cardiovascular Disease. Am J Med. 2023;136(9):881-895. doi:10.1016/j.amjmed.2023.04.036

Symptomatologie des troubles dépressifs

La dépression se caractérise par des troubles cognitifs, psychomoteurs et d'autres types de dysfonctionnement (p. ex., diminution de la concentration, fatigue, baisse de la libido, perte d'intérêt ou de plaisir lors de quasiment toutes les activités dans lesquelles le sujet prenait du plaisir précédemment, troubles du sommeil), et une humeur triste. Les personnes souffrant d'un trouble dépressif peuvent avoir des pensées suicidaires et peuvent tenter de se suicider (1). D'autres symptômes ou troubles psychiatriques (p. ex., l'anxiété et les attaques de panique) coexistent souvent, compliquant parfois le diagnostic et le traitement.

Jusqu'à environ un quart des patients atteints de toutes les formes de dépression consomment de l'alcool ou des drogues illicites pour tenter d'autotraiter les troubles du sommeil ou les symptômes d'anxiété (2); cependant, la dépression est une cause moins courante des troubles liés à l'alcool et aux substances qu'on ne le pensait autrefois (3). Les patients sont également plus susceptibles de devenir de gros fumeurs et de négliger leur santé (4, 5), augmentant ainsi le risque de développer ou d'aggraver d'autres troubles (p. ex., bronchopneumopathie chronique obstructive [BPCO]).

Les comportements suicidaires, y compris les idées, la planification et les tentatives, sont des risques inhérents aux troubles dépressifs, en particulier au trouble dépressif caractérisé non traité, et les patients doivent bénéficier d'un conseil et d'une surveillance appropriés du risque suicidaire. (Voir Revue générale des troubles de l'humeur: suicide.)

Trouble dépressif majeur (trouble dépressif unipolaire)

La symptomatologie caractéristique comprend une humeur dépressive, une anhédonie, une modification du poids, une fatigue, des troubles du sommeil, une agitation ou un ralentissement psychomoteur, des sentiments de dévalorisation ou de culpabilité, des difficultés de réflexion, ainsi que des idées ou des comportements suicidaires.

Le patient peut sembler triste, présenter des yeux larmoyants, le front ridé (oméga mélancolique), les coins de la bouche abaissés vers le bas, le dos voûté, un contact visuel pauvre, un manque d'expressivité faciale, peu de mouvements corporels et des modifications de la parole (p. ex., voix basse, manque de prosodie, utilisation de mots monosyllabiques). L'aspect peut être confondu avec la maladie de Parkinson. Chez certains patients, l'humeur dépressive est tellement profonde qu'il n'y a pas de larmes; ils rapportent qu'ils ne sont pas en mesure de ressentir les émotions habituelles et ressentent que le monde est devenu terne et sans vie.

La nutrition peut être gravement altérée, et une perte de poids significative peut nécessiter une intervention immédiate.

Certains patients déprimés négligent leur hygiène personnelle ou leurs enfants, d'autres personnes aimées ou leurs animaux.

Trouble dépressif persistant

Les symptômes dépressifs qui persistent 2 ans sans rémission sont classés comme troubles dépressifs persistants, une catégorie qui regroupe les troubles anciennement appelés troubles dépressifs majeurs chroniques et dysthymiques.

La symptomatologie caractéristique comprend une humeur dépressive, une fatigue, des modifications de l'appétit, des troubles du sommeil, une agitation ou un ralentissement psychomoteur, une faible estime de soi, un sentiment de désespoir et des difficultés de réflexion.

Les symptômes débutent en général insidieusement entre l'adolescence et peuvent persister pendant de nombreuses années ou décennies. Le nombre de symptômes fluctue souvent au-dessus et au-dessous du seuil en cas d'épisode dépressif majeur.

Les patients affectés peuvent être de manière habituelle d'humeur sombre, pessimistes, sans humour, passifs, léthargiques, introvertis, hypercritiques envers eux-mêmes et les autres et se plaignant souvent. Les patients qui présentent un trouble dépressif persistant sont également plus susceptibles d'avoir un trouble anxieux sous-jacent, d'abuser de substances ou de présenter des troubles de la personnalité (p. ex., personnalité limite [borderline]).

Trouble dysphorique prémenstruel

Le trouble dysphorique prémenstruel comprend des symptômes d'humeur et d'anxiété qui sont clairement liés au cycle menstruel, avec début au cours de la phase prémenstruelle et un intervalle sans symptôme après la menstruation. Les symptômes doivent avoir été présents lors de la plupart des cycles menstruels au cours de l'année écoulée.

Les symptômes caractéristiques comprennent des sautes d'humeur (y compris une humeur dépressive), une irritabilité, de la colère, une augmentation des conflits interpersonnels, des sentiments de désespoir, de l'anxiété ou de la tension, ainsi que d'autres symptômes des troubles dépressifs. Des symptômes physiques tels que des douleurs articulaires, une sensation de ballonnement, une sensibilité mammaire ou une prise de poids sont également présents.

Les manifestations sont semblables à celles du syndrome prémenstruel, mais sont plus graves, provoquant une souffrance cliniquement significative et/ou une altération marquée du fonctionnement social ou professionnel. Le trouble peut se déclencher à tout moment après la ménarche; il peut s'aggraver à l'approche de la ménopause, mais cesse après cette dernière. La prévalence est estimée à environ 1 à 6 % des femmes qui ont leurs règles (6).

Trouble du deuil prolongé

Le deuil prolongé est une tristesse persistante après la perte d'un être cher. Il est différent de la dépression en ce que la tristesse est liée à la perte spécifique plutôt qu'aux sentiments plus généraux d'échec associés à la dépression. Contrairement au deuil normal, cette pathologie peut être très invalidante et nécessiter un traitement spécifique de ce trouble de deuil prolongé.

Les symptômes caractéristiques comprennent la douleur émotionnelle, la solitude, l'anesthésie affective, l'incrédulité, l'impression qu'une partie de soi-même est morte, l'évitement des rappels de l'être cher et la difficulté à se réinvestir dans la vie.

(Certains outils de dépistage utiles comprennent les Inventory of Complicated Grief et le Brief Grief Questionnaire.)

Références pour la symptomatologie

  1. 1. Hasin DS, Sarvet AL, Meyers JL, et al. Epidemiology of Adult DSM-5 Major Depressive Disorder and Its Specifiers in the United States. JAMA Psychiatry. 2018;75(4):336-346. doi:10.1001/jamapsychiatry.2017.4602

  2. 2. Turner S, Mota N, Bolton J, Sareen J. Self-medication with alcohol or drugs for mood and anxiety disorders: A narrative review of the epidemiological literature. Depress Anxiety. 2018;35(9):851-860. doi:10.1002/da.22771

  3. 3. Fergusson DM, Boden JM, Horwood LJ. Tests of causal links between alcohol abuse or dependence and major depression. Arch Gen Psychiatry. 2009;66(3):260-266. doi:10.1001/archgenpsychiatry.2008.543

  4. 4. Weinberger AH, Chaiton MO, Zhu J, Wall MM, Hasin DS, Goodwin RD. Trends in the Prevalence of Current, Daily, and Nondaily Cigarette Smoking and Quit Ratios by Depression Status in the U.S.: 2005-2017. Am J Prev Med. 2020;58(5):691-698. doi:10.1016/j.amepre.2019.12.023

  5. 5. Gorna K, Szpalik R, Rybakowski JK, Jaracz K. Health behaviours of patients with affective disorders: a cross-sectional study. BMC Psychiatry. 2023;23(1):561. Published 2023 Aug 4. doi:10.1186/s12888-023-05056-5

  6. 6. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision. American Psychiatric Association Publishing; 2022.

Diagnostic des troubles dépressifs

  • Bilan psychiatrique

  • NFS, électrolytes, TSH (Thyroid stimulating hormone), vitamine B12 et taux de folates pour exclure des troubles médicaux généraux pouvant entraîner des symptômes dépressifs

Le diagnostic des troubles dépressifs nécessite de respecter les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition, Révision du texte (DSM-5-TR) (1).

Considérations diagnostiques générales

Les questions spécifiques (fermées) aident à déterminer la présence, la gravité et la durée des symptômes. Pour différencier les troubles dépressifs des variations ordinaires de l'humeur, une souffrance importante ou des troubles du fonctionnement social, professionnel, ou d'autres domaines importants du fonctionnement doivent être présents. De plus, les symptômes d'un trouble ne doivent pas être mieux expliqués par un autre trouble psychiatrique, la consommation de substances ou de médicaments, ou par une autre affection médicale générale.

La sévérité est déterminée par le degré de souffrance et de handicap (physique, social et professionnel) et par la durée des symptômes. Un clinicien doit également interroger le patient, avec douceur mais franchement, sur toute pensée et projet visant à se faire du mal ou à faire du mal aux autres, ainsi que sur toute menace et/ou tentative antérieures de suicide. La psychose et la catatonie correspondent à une dépression sévère, tout comme un syndrome mélancolique. Des maladies somatiques coexistantes, des troubles addictifs et des anxieux peuvent en augmenter la sévérité.

Examens complémentaires

Aucun test biologique n'est pathognomonique des troubles dépressifs. Cependant, des examens de laboratoire sont nécessaires pour exclure les affections physiques qui peuvent causer la dépression (voir le tableau ). Les examens comprennent une numération formule sanguine complète, les taux de TSH et le ionogramme, de vitamine B12 et de folates de routine et, chez les hommes âgés, les taux de testostérone. Un test de dépistage de la prise de drogues illicites est parfois justifié.

Diagnostic différentiel

Les troubles dépressifs doivent être distingués de la démoralisation et du chagrin. D'autres troubles psychiatriques (p. ex., troubles anxieux) peuvent se superposer ou masquer le diagnostic de dépression. Parfois, plus d'un trouble est présent. Le trouble dépressif majeur (dépression unipolaire) doit être distingué des troubles bipolaires.

Chez le patient âgé, la dépression peut se manifester comme une dépression à forme démentielle (anciennement appelée pseudo-démence), qui induit une grande partie de la symptomatologie de la démence, tel qu'un ralentissement psychomoteur et une diminution de la concentration. Cependant, la démence précoce peut provoquer une dépression. Quand le diagnostic est incertain, le traitement d'un trouble dépressif doit généralement être tenté.

Distinguer les troubles dépressifs chroniques des troubles liés à un abus de substances, peut être difficile, en particulier parce qu'ils peuvent coexister et peuvent contribuer à l'aggravation l'un de l'autre.

Les troubles médicaux généraux doivent également être éliminés comme cause de symptômes dépressifs. L'hypothyroïdie est fréquente, en particulier chez la personne âgée et favorise souvent des symptômes de dépression. La maladie de Parkinson, en particulier, peut se manifester par des symptômes qui simulent une dépression (p. ex., perte d'énergie, absence d'expression faciale, pauvreté des mouvements). Un examen neurologique approfondi est nécessaire afin d'exclure ce trouble.

Trouble dépressif majeur

Dans le cas du diagnostic du trouble dépressif majeur (anciennement appelé trouble dépressif unipolaire), 5 (1) des éléments suivants doivent avoir été présents presque tous les jours pendant la même période de 2 semaines, et au moins 1 symptôme doit être une humeur dépressive ou une perte d'intérêt ou de plaisir:

  • Humeur dépressive pendant la majeure partie de la journée

  • Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir dans toutes ou presque toutes les activités pendant la majeure partie de la journée

  • Gain ou perte de poids importante (p. ex., une modification > 5% du poids corporel en un mois) ou appétit diminué ou augmenté

  • Insomnie (souvent insomnie de maintien du sommeil) ou hypersomnie

  • Agitation ou ralentissement psychomoteur observés par des tiers (non auto-déclarés)

  • Fatigue ou manque d'énergie

  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée

  • Aptitude à penser ou à se concentrer diminuée ou indécision

  • Pensées de mort ou de suicide récurrentes, une tentative de suicide, ou planification suicidaire spécifique

L'antécédent d'un épisode maniaque ou hypomaniaque (à moins qu'il ne soit causé par une substance ou une autre affection médicale) exclut le diagnostic de dépression unipolaire et doit inciter à l'évaluation d'un trouble bipolaire.

Trouble dépressif persistant

Le diagnostic de trouble dépressif persistant (1) nécessite que les patients aient présenté une humeur dépressive pendant la majeure partie de la journée et ce pendant plus de jours que de jours sans symptômes, depuis 2 ans (1 an pour les enfants ou adolescents) et qu'ils présentent 2 symptômes parmi les suivants :

  • Perte d'appétit ou suralimentation

  • Insomnie ou hypersomnie

  • Faible énergie ou fatigue

  • Faible estime de soi

  • Difficultés de concentration ou à prendre des décisions

  • Sentiments de désespoir

Au cours de la période de 2 ans (1 an pour les enfants ou les adolescents), l'individu n'a jamais été sans les symptômes énumérés ci-dessus pendant plus de 2 mois consécutifs.

L'antécédent d'un épisode maniaque ou hypomaniaque (à moins qu'il ne soit causé par une substance ou une autre affection médicale) exclut le diagnostic de trouble dépressif persistant et doit inciter à l'évaluation d'un trouble bipolaire.

Trouble dysphorique prémenstruel

Pour établir le diagnostic du trouble dysphorique prémenstruel (1), les patientes doivent présenter 5 symptômes au cours de la semaine précédant les menstruations. Les symptômes doivent commencer à s'améliorer quelques jours après le début des menstruations, et ils doivent devenir minimes ou disparaître totalement pendant la semaine qui suit la menstruation. Les symptômes doivent comprendre 1 de ce qui suit:

  • Sautes d'humeur marquées (p. ex., sentiment de tristesse ou fondre en larmes)

  • Irritabilité ou colère marquées ou une augmentation des conflits interpersonnels

  • Humeur dépressive marquée, sentiments de désespoir ou d'auto-dépréciation

  • Anxiété et tension marquées, et/ou sentiment d'être surexcité ou sur le qui-vive

De plus, 1 des critères suivants doit être présent:

  • Diminution de l'intérêt pour les activités habituelles

  • Difficultés de concentration

  • Léthargie, fatigabilité facile ou manque d'énergie marqué

  • Modification marquée de l'appétit, suralimentation, ou fringales spécifiques

  • Hypersomnie ou insomnie

  • Sentiment d'être submergée ou de perdre le contrôle

  • Symptômes cliniques tels qu'une sensibilité ou une augmentation de volume des seins, des douleurs articulaires ou musculaires, un sentiment de gonflement et de prise de poids

Trouble du deuil prolongé

Le deuil prolongé est une tristesse persistante après la perte d'un être cher. Il est différent de la dépression en ce que la tristesse est liée à la perte spécifique plutôt qu'aux symptômes plus généraux associés à la dépression. Contrairement au deuil normal, cette pathologie peut être très invalidante et nécessiter un traitement spécifique de ce trouble de deuil prolongé.

Le trouble du deuil prolongé est diagnostiqué chez les personnes ayant subi le décès d'un proche il y a 1 an (pour les enfants et les adolescents, il y a 6 mois) et présentant une réaction de deuil qui dépasse les normes et les attentes sociétales, culturelles ou religieuses; qui est persistante; qui s'accompagne d'une altération fonctionnelle significative; et qui se caractérise par l'un des deux symptômes suivants, ou les deux, presque chaque jour pendant au moins le dernier mois (1):

  • Désir intense ou manque profond de la personne décédée

  • Préoccupation par des pensées ou des souvenirs de la personne décédée (chez les enfants et les adolescents, la préoccupation peut se concentrer sur les circonstances du décès)

De plus, depuis le décès, 3 des symptômes suivants ont été présents pendant au moins la moitié du mois:

  • Sentiment de perturbation de l'identité (p. ex., sentiment qu'une partie de soi est morte)

  • Incrédulité marquée à propos de la mort

  • Évitement des rappels que la personne est morte

  • Douleur émotionnelle intense (p. ex., colère, amertume, chagrin) liée à la mort

  • Difficulté à se réintégrer dans ses relations et activités

  • Emoussement émotionnel

  • Sentiment que la vie n'a aucun sens

  • Solitude intense

Certains outils de dépistage utiles comprennent les Inventory of Complicated Grief et le Brief Grief Questionnaire.

Autres troubles dépressifs

Des groupes de symptômes avec les caractéristiques d'un trouble dépressif qui ne remplissent pas tous les critères d'autres troubles dépressifs, mais qui causent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement importante sont classés comme autre trouble dépressif (spécifié ou non spécifié). Sont comprises des périodes récurrentes de dysphorie avec 4 autres symptômes dépressifs qui durent < 2 semaines chez des sujets qui n'ont jamais satisfait aux critères diagnostiques d'un autre trouble de l'humeur (p. ex., dépression brève récurrente) et des périodes de dépression qui durent plus longtemps mais dont les symptômes sont insuffisants pour établir le diagnostic d'un autre trouble dépressif.

Lorsqu'une cause spécifique est trouvée pour un trouble dépressif, le diagnostic est généralement de trouble dépressif induit par une substance ou un médicament ou de trouble dépressif dû à une autre affection médicale.

Le trouble disruptif de la régulation de l'humeur est traité dans la section Troubles dépressifs chez l'enfant et l'adolescent.

Spécificateurs

La dépression majeure et le trouble dépressif persistant peuvent comprendre 1 ou plusieurs descripteurs qui décrivent des manifestations supplémentaires au cours d'un épisode dépressif, qui peuvent inclure:

  • Détresse anxieuse: les patients se sentent exceptionnellement tendus et agités; ils ont des difficultés de concentration parce qu'ils craignent que quelque chose de terrible arrive, ou ils sentent qu'ils peuvent perdre le contrôle d'eux-mêmes.

  • Caractéristiques mixtes: les patients ont également 3 symptômes maniaques ou hypomaniaques (p. ex., élévation de l'humeur, idées de grandeur, ils sont plus bavards que d'habitude, ont une fuite des idées, une diminution du sommeil). Les patients souffrant de ce type de dépression sont à risque augmenté de développer un trouble bipolaire.

  • Mélancolique: les patients ont perdu du plaisir dans presque toutes les activités ou ne répondent pas à des stimuli généralement agréables. Ils peuvent être dépressifs ou désespérés, ressentir une culpabilité excessive ou inappropriée, se réveiller très tôt le matin, présenter un ralentissement psychomoteur ou une agitation marqués et une anorexie ou une perte de poids importantes.

  • Atypique: l'humeur des patients s'améliore temporairement en réponse à des événements positifs (p. ex., une visite de leurs enfants). Ils ont aussi 2 de ce qui suit: réaction excessive à la critique ou au rejet perçus, sensation de paralysie des membres (une sensation de pesanteur, généralement des membres), une prise de poids ou une augmentation de l'appétit, et une hypersomnie.

  • Psychotique: les patients ont des idées délirantes et/ou des hallucinations. Les idées délirantes impliquent souvent le sentiment d'avoir commis des péchés ou des crimes impardonnables, d'être porteur de troubles incurables ou honteux ou d'être persécuté. Les hallucinations peuvent être auditives (p. ex., entendre des voix qui accusent ou condamnent) ou visuelles. Si seules des voix sont décrites, une attention particulière doit être apportée au fait de savoir si les voix représentent de véritables hallucinations.

  • Catatonique: les patients présentent un ralentissement psychomoteur sévère ou s'engagent dans une activité excessive et sans finalité et/ou se replient sur eux-mêmes; certains patients grimacent et présentent une écholalie (mimétisme de la parole) ou une échopraxie (mimétisme des mouvements).

  • Apparition au cours du péripartum: le début se situe pendant la grossesse ou au cours des 4 semaines après l'accouchement. Des caractéristiques psychotiques peuvent être présentes; l'infanticide est souvent associé à des épisodes psychotiques impliquant des hallucinations de commande de tuer l'enfant ou des délires que l'enfant est possédé.

  • Schéma saisonnier: les épisodes se produisent à un moment donné de l'année, en automne ou en hiver, le plus souvent.

Référence pour le diagnostic

  1. 1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision. American Psychiatric Association Publishing; 2022.

Dépistage des troubles dépressifs

Plusieurs questionnaires brefs sont disponibles pour le dépistage de la dépression. Ils aident à identifier certains symptômes dépressifs, mais ne peuvent pas être utilisés seuls pour le diagnostic. Cependant, nombre de ces outils sont utiles pour identifier les personnes à risque qui ont besoin d'une évaluation plus détaillée. Certains des outils de dépistage les plus largement utilisés comprennent les Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) et le Beck Depression Inventory (BDI).

Traitement des troubles dépressifs

  • Soutien

  • Psychothérapie

  • Médicaments antidépresseurs

  • Parfois, électroconvulsivothérapie, photothérapie ou stimulation magnétique transcrânienne

Les symptômes peuvent disparaître spontanément, surtout quand ils sont légers ou de courte durée. La dépression d'intensité légère peut être traitée par une thérapie de soutien et la psychothérapie. La dépression modérée à sévère est traitée par des médicaments et/ou une psychothérapie et parfois par un traitement par électrochocs ou une stimulation magnétique transcrânienne. Certains patients nécessitent une association de médicaments. Une amélioration peut ne pas être observée avant 1 à 4 semaines de traitement médicamenteux.

La dépression, en particulier chez le patient qui a déjà connu > 1 épisode, est sujette à récidive (1); ainsi, dans les cas graves, un traitement médicamenteux d'entretien à long terme est souvent nécessaire.

La plupart des sujets qui présentent une dépression sont traités en ambulatoire. Les patients qui présentent des idées suicidaires importantes, en particulier en l'absence de soutien familial, doivent être hospitalisés, au même titre que ceux présentant des symptômes psychotiques ou une altération de l'état physique.

En cas de troubles addictifs, les symptômes dépressifs disparaissent souvent quelques mois après l'arrêt de la prise de substance. Le traitement antidépresseur risque d'être beaucoup moins efficace en cas de prise de substance.

Si un trouble médical général ou une intoxication médicamenteuse en sont la cause, le traitement est d'abord centré sur le trouble sous-jacent. Cependant, si le diagnostic est incertain ou si les symptômes sont handicapants ou comprennent des idées suicidaires ou un sentiment de désespoir profond, une tentative thérapeutique par un antidépresseur ou un stabilisateur de l'humeur peut être indiquée.

Le trouble de deuil prolongé peut être amélioré par une psychothérapie spécifiquement adaptée à ce trouble (2).

(Voir aussi Traitement pharmacologique de la dépression.)

Soutien initial

Jusqu'à ce qu'une amélioration certaine commence, un médecin peut devoir voir les patients 1 ou 2 fois/semaine pour fournir un soutien et des informations et pour suivre les progrès. Les appels téléphoniques peuvent compléter les consultations en cabinet.

Les patients et leurs proches peuvent être inquiets ou gênés à l'idée d'avoir une maladie psychiatrique. Le médecin peut aider en expliquant que la dépression est une grave affection médicale, provoquée par des troubles biologiques, qu'elle nécessite un traitement spécifique et que le pronostic en cas de traitement est bon. Le patient et les proches doivent être rassurés sur le fait que la dépression ne reflète pas un défaut de caractère (p. ex., paresse, faiblesse). Dire au patient que le parcours vers la guérison est souvent fluctuant, avec des moments d'amélioration partielle, l'aide à remettre en perspective son sentiment de désespoir et améliore la bonne observance des soins.

Encourager le patient à augmenter progressivement des activités simples (p. ex., faire de la marche, de l'exercice régulier) et les interactions sociales doit être équilibré par la reconnaissance de leur désir d'éviter les activités. Le médecin peut suggérer au patient d'éviter de s'auto-culpabiliser et expliquer que les idées noires font partie du trouble et disparaîtront.

Les groupes de soutien (p. ex., le groupe de soutien pour dépression et troubles bipolaires à Chicago, Depression and Bipolar Support Alliance [DBSA]) peuvent aider les patients en fournissant un forum pour partager leurs expériences communes et leurs sentiments.

Psychothérapie

De nombreux essais randomisés ont montré que la psychothérapie était efficace chez les patients souffrant de troubles dépressifs majeurs, à la fois pour traiter les symptômes aigus et pour diminuer le risque de rechute (3). Les modalités psychothérapeutiques dont l'efficacité a été démontrée incluent les suivantes:

  • Thérapie cognitivo-comportementale

  • Thérapie interpersonnelle

  • Activation comportementale

  • Thérapie de résolution de problèmes

  • Thérapie psychodynamique

  • Thérapie basée sur la Mindfulness

Les patients souffrant de dépression légère ont de meilleurs résultats que ceux souffrant de dépression plus sévère, mais l'amélioration est plus importante en cas de dépression grave.

Traitement pharmacologique de la dépression

Plusieurs classes de médicaments peuvent être utilisées pour traiter la dépression:

Le choix du médicament peut être guidé par un antécédent de réponse à un antidépresseur spécifique. Sinon, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine sont les médicaments de 1ère intention. Bien que les différents inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine aient une efficacité similaire dans les cas habituels, certaines propriétés les rendent plus ou moins appropriés à certains patients (voir tableau ) et Choix et administration des antidépresseurs.

Électroconvulsivothérapie (sismothérapie)

La sismothérapie est l'induction électrique d'une convulsion dans des conditions contrôlées. Son mécanisme d'action est incertain, mais la production de l'activité convulsive semble faire partie de ses effets antidépresseurs.

Les pathologies suivantes sont souvent traitées par électroconvulsivothérapie si les médicaments sont inefficaces (4–6):

  • Dépression suicidaire sévère

  • Dépression avec agitation ou ralentissement psychomoteur

  • Dépression délirante

  • Dépression pendant la grossesse

Les patients qui ont cessé de s'alimenter peuvent nécessiter une sismothérapie pour éviter le décès. La sismothérapie est particulièrement efficace dans les dépressions psychotiques ou la catatonie (4).

La réponse lors du traitement initial par 6 à 12 séances de sismothérapie est souvent rapide (4). La rechute après sismothérapie est fréquente et le traitement médicamenteux est souvent maintenu après l'arrêt de la sismothérapie. Les séances de sismothérapie sont également espacées progressivement et sont parfois administrées en traitement d'entretien pour prévenir les rechutes.

Une sismothérapie moderne, délivrée sous anesthésie générale, est généralement bien tolérée, mais une confusion et des troubles de la mémoire peuvent survenir de façon aiguë. Une grande partie de ces troubles s'améliore et est résolue 6 mois après une cure de sismothérapie, mais l'amnésie rétrograde peut persister à long terme. Ceci est particulièrement vrai pour les souvenirs des mois précédents la sismothérapie0 Les patients qui ont des déficits cognitifs de base, ceux qui reçoivent des traitements bilatéraux, les patients âgés et les patients sous lithium sont plus à risque de troubles de la mémoire et de confusion.

Stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS)

L'utilisation de la stimulation magnétique transcrânienne répétitive dans le traitement aigu du trouble dépressif majeur a été appuyée de façon importante par des essais cliniques randomisés (7) et des recommandations de consensus (8). La stimulation magnétique transcrânienne répétitive à basse fréquence peut être appliquée sur le cortex préfrontal dorso-latéral droit, et la stimulation magnétique transcrânienne répétitive à haute fréquence peut être appliquée sur le cortex préfrontal dorso-latéral gauche. Divers protocoles d'administration de stimulation magnétique transcrânienne répétitive sont en cours de développement afin d'en accroître l'efficacité et de réduire le temps nécessaire à un cycle complet. Les effets indésirables les plus fréquents sont des céphalées et un inconfort du cuir chevelu; tous deux se produisent plus souvent avec la stimulation magnétique transcrânienne répétitive à haute fréquence qu'avec la basse fréquence.

Photothérapie

La photothérapie est mieux connue pour ses effets sur la dépression saisonnière, mais semble également être efficace dans la dépression non saisonnière (9).

Le traitement peut être fourni à domicile par une unité de lumière spéciale qui fournit 2500 à 10 000 lux à une distance de 30 à 60 cm devant laquelle les patients sont assis pendant 30 à 60 minutes/jour (plus longtemps dans le cas d'une source de lumière moins intense).

Dans le cas du patient qui se couche tard et se lève tard le matin, la luminothérapie a une efficacité optimale le matin, et est parfois supplémentée par 5 à 10 min d'exposition entre 15 et 19 heures. Si le patient se couche et se lève tôt, la luminothérapie est plus efficace entre 15 heures et 19 heures.

Autres traitements

La kétamine et l'eskétamine sont des antagonistes des récepteurs N-méthyl-D-aspartate utilisés pour traiter la dépression résistante au traitement.

Les psychostimulants (p. ex., dextroamphétamine, méthylphénidate) sont parfois utilisés, souvent en association avec les antidépresseurs. De nombreux essais randomisés sont en faveur de leur utilisation dans les troubles dépressifs (10).

Des plantes médicinales ou d'autres suppléments sont utilisés par certains patients. Le millepertuis peut être efficace dans la dépression légère, bien que les données soient contradictoires (11). Le millepertuis peut interagir avec d'autres antidépresseurs et d'autres médicaments. Certaines études randomisées avec une supplémentation en oméga-3, utilisée en association ou en monothérapie, ont suggéré que l'acide eicosapentaénoïque avait des effets antidépresseurs utiles (12).

La stimulation du nerf vague implique la stimulation intermittente du nerf vague au moyen d'un générateur d'impulsions implanté. Elle peut être utile dans la dépression réfractaire à d'autres traitements mais prend habituellement 3 à 6 mois pour être efficace (13, 14).

La stimulation cérébrale profonde en utilisant des électrodes implantées qui ciblent le cortex cingulaire subgénual ou la capsule ventrale interne antérieure/le striatum ventral a donné des résultats prometteurs dans des séries non contrôlées (15). Des essais randomisés sont en cours.

Références pour le traitement

  1. 1. Bulloch A, Williams J, Lavorato D, Patten S. Recurrence of major depressive episodes is strongly dependent on the number of previous episodes. Depress Anxiety. 2014;31(1):72-76. doi:10.1002/da.22173

  2. 2. Rosner R, Bartl H, Pfoh G, et al. Efficacy of an integrative CBT for prolonged grief disorder: A long-term follow-up. J Affect Disord. 183:106-112, 2015. doi: 10.1016/j.jad.2015.04.051

  3. 3. Cuijpers P, Karyotaki E, Weitz E, et al. The effects of psychotherapies for major depression in adults on remission, recovery and improvement: A meta-analysis. J Affect Disord. 159:118-126, 2014. doi: 10.1016/j.jad.2014.02.026

  4. 4. Espinoza RT, Kellner CH. Electroconvulsive Therapy. N Engl J Med. 2022;386(7):667-672. doi:10.1056/NEJMra2034954

  5. 5. Ross EL, Zivin K, Maixner DF. Cost-effectiveness of Electroconvulsive Therapy vs Pharmacotherapy/Psychotherapy for Treatment-Resistant Depression in the United States. JAMA Psychiatry. 2018;75(7):713-722. doi:10.1001/jamapsychiatry.2018.0768

  6. 6. Rose S, Dotters-Katz SK, Kuller JA. Electroconvulsive Therapy in Pregnancy: Safety, Best Practices, and Barriers to Care. Obstet Gynecol Surv. 2020;75(3):199-203. doi:10.1097/OGX.0000000000000763

  7. 7. Berlim MT, van den Eynde F, Tovar-Perdomo S, et al. Response, remission and drop-out rates following high-frequency repetitive transcranial magnetic stimulation (rTMS) for treating major depression: A systematic review and meta-analysis of randomized, double-blind and sham-controlled trials. Psychol Med. 44(2):225-239, 2014. doi: 10.1017/S0033291713000512

  8. 8. McClintock SM, Reti IM, Carpenter LL, et al. Consensus Recommendations for the Clinical Application of Repetitive Transcranial Magnetic Stimulation (rTMS) in the Treatment of Depression. J Clin Psychiatry. 2018;79(1):16cs10905. doi:10.4088/JCP.16cs10905

  9. 9. Dong C, Shi H, Liu P, et al. A critical overview of systematic reviews and meta-analyses of light therapy for non-seasonal depression. Psychiatry Res. 314:114686, 2022. doi: 10.1016/j.psychres.2022.114686

  10. 10. McIntyre RS, Lee y, Zhou AJ, et al. The efficacy of psychostimulants in major depressive episodes: A systematic review and meta-analysis. J Clin Psychopharmacol. 37(4):412-418, 2017. doi: 10.1097/JCP.0000000000000723

  11. 11. Simon GE, Moise N, Mohr DC. Management of Depression in Adults: A Review. JAMA. 2024;332(2):141-152. doi:10.1001/jama.2024.5756

  12. 12. Bazinet RP, Metherel AH, Chen CT, et al. Brain eicosapentaenoic acid metabolism as a lead for novel therapeutics in major depression. Brain Behav Immun. 85:21-28, 2020. doi: 10.1016/j.bbi.2019.07.001

  13. 13. Kamel LY, Xiong W, Gott BM, Kumar A, Conway CR. Vagus nerve stimulation: An update on a novel treatment for treatment-resistant depression. J Neurol Sci. 2022;434:120171. doi:10.1016/j.jns.2022.120171

  14. 14. Müller HHO, Moeller S, Lücke C, Lam AP, Braun N, Philipsen A. Vagus Nerve Stimulation (VNS) and Other Augmentation Strategies for Therapy-Resistant Depression (TRD): Review of the Evidence and Clinical Advice for Use. Front Neurosci. 2018;12:239. Published 2018 Apr 10. doi:10.3389/fnins.2018.00239

  15. 15. Bergfeld IO, Mantione M, Hoogendoorn MLC, et al. Deep brain stimulation of the ventral anterior limb of the internal capsule for treatment-resistant depression: A randomized clinical trial. JAMA Psychiatry. 73(5):456-64, 2016. doi: 10.1001/jamapsychiatry.2016.0152

Points clés

  • La dépression est un trouble fréquent qui comprend une humeur dépressive et/ou une perte quasi-totale d'intérêt ou de plaisir pour les activités qui étaient auparavant appréciées; des manifestations somatiques (p. ex., changement de poids, troubles du sommeil) et cognitives (p. ex., des difficultés de concentration) sont fréquentes.

  • La dépression peut nettement réduire la capacité de travail et d'interaction sociale; le risque de suicide est important.

  • Parfois, les symptômes dépressifs sont causés par des troubles médicaux généraux (p. ex., troubles thyroïdiens ou surrénaliens, tumeurs cérébrales bénignes ou malignes, accident vasculaire cérébral, infection avancée par le VIH, maladie de Parkinson, sclérose en plaques) ou par certains médicaments (p. ex., corticostéroïdes, certains bêta-bloqueurs, interféron, certaines drogues illicites).

  • Le diagnostic repose sur des critères cliniques; des troubles médicaux généraux doivent être écartés par la clinique et des examens sélectionnés (p. ex., NFS; électrolyte, TSH, taux de B12 et de folates).

  • Le traitement comprend habituellement la psychothérapie et les médicaments; les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine sont généralement essayés en premier, et s'ils sont inefficaces, d'autres médicaments qui affectent la sérotonine, la noradrénaline et/ou la dopamine peuvent être essayés.

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