Troubles bipolaires

ParWilliam Coryell, MD, University of Iowa Carver College of Medicine
Reviewed ByMark Zimmerman, MD, South County Psychiatry
Vérifié/Révisé Modifié janv. 2026
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Voir l’éducation des patients

Les troubles bipolaires et les troubles apparentés sont caractérisés par des épisodes de manie et de dépression en alternance, bien que de nombreux patients présentent une prédominance de l'un ou de l'autre. La cause exacte est inconnue, mais l'hérédité, des modifications au niveau des neurotransmetteurs du cerveau et des facteurs psychosociaux peuvent être incriminés. Le diagnostic repose sur des critères psychiatriques standards. Le traitement comprend des médicaments stabilisateurs de l'humeur, parfois accompagnés d'une psychothérapie.

Les troubles bipolaires débutent généralement à l'adolescence, dans la vingtaine ou dans la trentaine (voir aussi Trouble bipolaire de l'enfant et de l'adolescent) (1). La prévalence sur toute la vie, estimée à partir d'un échantillon mondial, est d'environ 2,5% chez les hommes et 2,3% chez les femmes (2).

Les troubles bipolaires sont classés comme suit:

  • Trouble bipolaire I: défini par la présence d'au moins 1 épisode maniaque; des épisodes dépressifs se produisent également chez la plupart des patients. L'incidence est similaire chez l'homme et chez la femme (1, 2).

  • Trouble bipolaire de type II: défini par la présence d'au moins 1 épisode dépressif majeur avec au moins 1 épisode hypomaniaque mais aucun épisode maniaque. L'incidence est un peu plus élevée chez les femmes (3).

  • Trouble cyclothymique: les patients présentent des périodes prolongées (> 2 ans) qui comprennent à la fois des épisodes hypomaniaques et dépressifs; cependant, ces épisodes ne répondent pas aux critères spécifiques d'un épisode maniaque, hypomaniaque ou d'un trouble dépressif majeur.

  • Trouble bipolaire induit par une substance/un médicament: défini par la présence d'un trouble de l'humeur compatible avec une manie qui se développe pendant ou peu après une exposition, une intoxication ou un sevrage d'une substance (p. ex., cocaïne, corticostéroïdes) qui peut produire de tels symptômes.

  • Trouble bipolaire et trouble apparenté dû à un autre trouble médical: défini par la présence d'un trouble de l'humeur compatible avec une manie provoquée par une affection médicamenteuse (p. ex., syndrome de Cushing, lésion cérébrale traumatique) et qui ne se produit pas exclusivement pendant un épisode de syndrome confusionnel.

  • Trouble bipolaire non spécifié: troubles présentant des caractéristiques bipolaires claires qui ne remplissent pas les critères spécifiques des autres troubles bipolaires

(Voir aussi Revue générale des troubles de l'humeur.)

Références générales

  1. 1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing; 2022.

  2. 2. Nierenberg AA, Agustini B, Köhler-Forsberg O, et al. Diagnosis and Treatment of Bipolar Disorder: A Review. JAMA. 2023;330(14):1370-1380. doi:10.1001/jama.2023.18588

  3. 3. Diflorio A, Jones I. Is sex important? Gender differences in bipolar disorder. Int Rev Psychiatry. 22(5):437-452, 2010. doi: 10.3109/09540261.2010.514601

Étiologie des troubles bipolaires

La cause exacte du trouble bipolaire n'est pas connue. L'héritabilité des troubles bipolaires est estimée entre 70 et 90% (1). Il existe également des éléments en faveur d'une dysrégulation des neurotransmetteurs sérotonine, noradrénaline et dopamine (2).

Des facteurs psychosociaux peuvent être impliqués. Des événements de vie stressants sont souvent associés à l'apparition initiale des symptômes et aux exacerbations ultérieures, bien que la relation de cause à effet n'ait pas été établie (3).

Certains médicaments et substances peuvent déclencher des exacerbations chez certains patients qui ont un trouble bipolaire; ceux-ci comprennent :

(Voir le tableau pour une liste exhaustive des pathologies et des substances susceptibles de provoquer des symptômes de trouble bipolaire.)

Références pour l'étiologie

  1. 1. Gordovez FJA, McMahon FJ. The genetics of bipolar disorder. Mol Psychiatry. 25(3):544-559, 2020. doi: 10.1038/s41380-019-0634-7

  2. 2. Magioncalda P, Martino M. A unified model of the pathophysiology of bipolar disorder. Mol Psychiatry. 2022;27(1):202-211. doi:10.1038/s41380-021-01091-4

  3. 3. Carvalho AF, Firth J, Vieta E. Bipolar Disorder. N Engl J Med. 2020;383(1):58-66. doi:10.1056/NEJMra1906193

Symptomatologie des troubles bipolaires

Le trouble bipolaire débute par une phase aiguë de symptômes de dépression ou de manie suivie d'une alternance de rechutes et de rémissions. Les rémissions sont souvent complètes, mais de nombreux patients ont des symptômes résiduels, et pour certains, leur capacité de travail est fortement altérée. Les rechutes sont des épisodes de symptômes plus intenses avec manie, dépression, hypomanie ou un mélange de symptomatologie dépressive et maniaque. (Voir la figure .)

Les patients maniaques peuvent s'engager de manière infatigable, excessive et impulsive dans diverses activités plaisantes, à haut risque (p. ex., le jeu, les sports dangereux, les écarts de conduite sexuelle) sans se rendre compte des risques potentiels. Des investissements imprudents, des dépenses inconsidérées et d'autres choix personnels peuvent avoir des conséquences irréparables.

Les patients en épisode maniaque sont exubérants et extravagants ou habillé de vêtements voyants et colorés; ils ont souvent des manières autoritaires, et sont logorrhéiques. Les patients peuvent faire des associations sonores (de nouvelles pensées sont déclenchées par les sons des mots plutôt que par le sens). L'attention est labile, le patient passant en permanence d'un thème à un autre ou d'une action à une autre. Cependant, ils ont tendance à penser qu'ils n'ont jamais été en si bonne forme.

Le déni des troubles et l'augmentation de la capacité à mener des actions conduisent souvent à un comportement intrusif et peuvent être une association dangereuse. Des conflits relationnels apparaissent et le patient peut avoir le sentiment d'être persécuté ou traité injustement. Par conséquent, les patients peuvent être dangereux pour eux-mêmes ou pour d'autres personnes. L'accélération de l'activité mentale est ressentie comme une accélération de la pensée par le patient et est vue comme une fuite des idées par le médecin.

Schémas épisodiques dans les troubles bipolaires de type I et de type II

Data from Nierenberg AA, Agustini B, Köhler-Forsberg O, et al. Diagnosis and Treatment of Bipolar Disorder: A Review. JAMA. 2023;330(14):1370-1380. doi:10.1001/jama.2023.18588

Les épisodes durent de quelques semaines à 6 mois; les épisodes dépressifs durent généralement plus longtemps que les épisodes maniaques ou hypomaniaques.

La durée des cycles, entre l'apparition d'un épisode et l'épisode suivant, varie chez les patients. Certains patients ont des épisodes peu fréquents, parfois quelques-uns au cours de leur vie, alors que d'autres ont des formes à cycles rapides (habituellement définis par 4 épisodes/an). Seule une minorité alterne manie et dépression à chaque cycle; dans la plupart des cas, l'un ou l'autre prédomine.

Les patients peuvent faire une tentative de suicide ou se suicider. L'incidence au cours de la vie du suicide chez les patients atteints de trouble bipolaire est estimée à environ 20 à 60 fois celle de la population générale (1), et 15 à 20% des personnes atteintes de trouble bipolaire décèdent par suicide (2).

Références pour la symptomatologie

  1. 1. Plans L, Barrot C, Nieto E, et al. Association between completed suicide and bipolar disorder: A systematic review of the literature. J Affect Disord. 242:111-122, 2019. doi: 10.1016/j.jad.2018.08.054

  2. 2. Nierenberg AA, Agustini B, Köhler-Forsberg O, et al. Diagnosis and Treatment of Bipolar Disorder: A Review. JAMA. 2023;330(14):1370-1380. doi:10.1001/jama.2023.18588

Diagnostic des troubles bipolaires

  • Bilan psychiatrique

  • Taux de thyroxine (T4) et TSH pour dépister une hyperthyroïdie

  • Exclusion de l'abus de stimulants cliniquement ou par un test sanguin ou urinaire

  • Examens de laboratoire de routine (p. ex., numération formule sanguine, bilan métabolique de base) pour exclure d'autres affections médicales générales

Le diagnostic de trouble bipolaire I nécessite de satisfaire aux critères établis dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition, Text Revision (DSM-5-TR) pour un épisode maniaque (1). L'épisode maniaque peut avoir été précédé ou suivi d'épisodes hypomaniaques ou dépressifs majeurs.

Un épisode maniaque est défini par une humeur anormalement et persistamment élevée, expansive ou irritable et une activité ou une énergie accrues durant 1 semaine (ou moins si une hospitalisation est nécessaire) plus 3 symptômes supplémentaires (ou 4 si l'humeur est uniquement irritable) (1):

  • Estime de soi exagérée ou idées de grandeur

  • Réduction du besoin de sommeil

  • Plus importante volubilité que de coutume ou pression pour continuer à parler

  • Fuite des idées ou accélération de la pensée

  • Distractibilité

  • Augmentation de l'activité dirigée vers un but ou de l'agitation psychomotrice

  • Engagement excessif dans des activités à fort potentiel de conséquences douloureuses (p. ex., achats impulsifs, investissements déraisonnables, incartades sexuelles)

Le trouble de l'humeur doit entraîner une altération grave du fonctionnement, comporter des caractéristiques psychotiques ou nécessiter une hospitalisation, et ne doit pas être causé par la consommation d'une substance ou une autre affection médicale.

Le diagnostic du trouble bipolaire de type I peut inclure des spécificateurs pour clarifier le type et la gravité de l'épisode actuel, la présence ou non de caractéristiques psychotiques et si le patient est en rémission complète ou partielle. Les symptômes de la manie ne doivent pas être mieux expliqués par la schizophrénie ou un trouble connexe.

Le diagnostic du trouble bipolaire II nécessite de répondre aux critères du DSM-5-TR pour au moins 1 épisode hypomaniaque ainsi qu'au moins 1 épisode dépressif majeur (1).

Un épisode hypomaniaque est une variante d'un épisode maniaque, de durée plus courte et présentant souvent des symptômes moins graves. Un épisode hypomaniaque est défini comme une période d'humeur anormalement et durablement élevée, expansive ou irritable, ainsi qu'une augmentation de l'activité ou de l'énergie, présentes la majeure partie de la journée, presque tous les jours. L'épisode dure 4 jours et comprend 3 des symptômes additionnels énumérés ci-dessus dans la définition d'un épisode maniaque (1). Un épisode hypomaniaque dure parfois une semaine ou plus, mais se distingue d'un épisode maniaque par l'absence de caractéristiques psychotiques, d'altération marquée du fonctionnement ou de nécessité d'hospitalisation.

Un épisode dépressif majeur est défini par la présence d' 5 des symptômes suivants pendant la même période de 2 semaines, et au moins 1 des symptômes doit être une humeur dépressive ou une perte d'intérêt ou de plaisir et, à l'exception des pensées suicidaires ou des tentatives de suicide, tous les symptômes sont présents presque tous les jours (1).

  • Humeur dépressive pendant la majeure partie de la journée

  • Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir dans toutes ou presque toutes les activités pendant la majeure partie de la journée

  • Gain ou perte de poids importante (p. ex., une modification de > 5% du poids corporel en un mois) ou appétit diminué ou augmenté

  • Insomnie (souvent insomnie de maintien du sommeil) ou hypersomnie

  • Agitation ou ralentissement psychomoteur observés par des tiers (non auto-déclarés)

  • Fatigue ou manque d'énergie

  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée

  • Aptitude à penser ou à se concentrer diminuée ou indécision

  • Pensées de mort ou de suicide récurrentes, une tentative de suicide, ou planification suicidaire spécifique

Les symptômes doivent être suffisamment graves pour altérer nettement le fonctionnement social ou professionnel ou nécessiter une hospitalisation pour éviter de se blesser ou de blesser autrui.

Le diagnostic différentiel des troubles bipolaires comprend ce qui suit:

Certains patients qui ont des symptômes dépressifs peuvent avoir eu précédemment un épisode hypomaniaque ou maniaque mais peuvent ne pas en parler, sauf s'ils sont interrogés spécifiquement. Des questions habiles peuvent révéler des signes pathologiques (p. ex., dépenses exagérées, aventures sexuelles impulsives, prise de substances stimulantes) bien que ces informations soient plus souvent fournies par les proches. Un inventaire structuré tel que le Mood Disorder Questionnaire peut être utile. Tous les patients doivent être interrogés avec tact, mais directement, sur leurs idéations suicidaires, leurs plans ou leurs actions.

Des symptômes maniaques ou hypomaniaques similaires peuvent résulter d'une prise de stimulants, d'un traitement par des corticostéroïdes ou des agonistes dopaminergiques ou de troubles médicaux généraux tels que l'hyperthyroïdie ou le phéochromocytome. Les patients qui présentent une hyperthyroïdie ont généralement d'autres symptômes, mais les tests des fonctions thyroïdiennes (taux de T4 et de TSH) sont justifiés chez les nouveaux patients. Les patients qui ont un phéochromocytome ont une hypertension importante intermittente ou soutenue; en l'absence d'HTA, il n'y a pas d'indication à lancer un processus diagnostique du phéochromocytome. D'autres troubles provoquent plus rarement des symptômes de manie, mais les symptômes dépressifs peuvent se produire en présence d'un certain nombre de troubles (voir tableau ).

Une anamnèse de prise de substances (en particulier d'amphétamines et cocaïne) et un test diagnostique de prise de toxiques dans le sang ou les urines peuvent permettre d'identifier ces causes. Cependant, parce que la prise de substances peut tout simplement avoir déclenché un épisode chez un patient souffrant de trouble bipolaire, la recherche de symptômes (maniaques ou dépressifs) non associés à la prise de substances est importante.

Certains patients atteints de troubles schizoaffectifs ont des symptômes maniaques, mais ces patients ont des caractéristiques psychotiques qui ont persisté au-delà des épisodes d'humeur anormale.

Les patients qui ont un trouble bipolaire peuvent également avoir des troubles anxieux (p. ex., phobie sociale, attaques de panique, troubles obsessionnels compulsifs, et troubles de la personnalité), ce qui peut compliquer le diagnostic.

Référence pour le diagnostic

  1. 1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed, Text Revision (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing; 2022.

Traitement des troubles bipolaires

Le traitement du trouble bipolaire comprend habituellement 3 phases:

  • Aiguë: stabiliser et contrôler les manifestations initiales parfois graves

  • Poursuite: pour obtenir une rémission complète

  • Entretien ou prévention: maintenir la rémission

Bien que la plupart des patients qui présentent une hypomanie puissent être traités en ambulatoire, la manie ou une dépression sévère nécessitent souvent l'hospitalisation.

(Voir aussi Traitement pharmacologique du trouble bipolaire.)

Thérapie médicamenteuse du trouble bipolaire

Les médicaments du trouble bipolaire incluent les suivants (1–3):

Ces médicaments sont utilisés seuls ou en association pour toutes les phases du traitement (1, 3). Les doses d'un même médicament peuvent varier selon la phase de la maladie (p. ex., manie aiguë, dépression aiguë, entretien).

Le choix du traitement médicamenteux en cas de trouble bipolaire peut être difficile parce que tous les médicaments ont des effets indésirables importants, les interactions médicamenteuses sont fréquentes et aucun médicament n'est efficace sur toutes les phases. La sélection doit être basée sur des directives faisant autorité (1), ainsi que sur ce qui s'est révélé efficace et bien toléré chez un patient donné. Si le patient n'a jamais reçu de médicaments pour un trouble bipolaire (ou si ses antécédents médicamenteux sont inconnus), le choix dépend des antécédents médicaux du patient (c'est-à-dire, le profil d'effets indésirables du stabilisateur de l'humeur qui est le plus compatible avec les antécédents médicaux du patient) et de la sévérité des symptômes.

Les médicaments de première intention de la manie aiguë comprennent le lithium, la quétiapine, le divalproex, l'asénapine, l'aripiprazole, la palipéridone et la cariprazine (1). Comme le lithium met 4 à 10 jours pour agir, un médicament à action plus rapide est souvent administré afin de contrôler l'excitation de la pensée et de l'activité. D'autres médicaments ou associations sont utilisés pour le traitement d'entretien du trouble bipolaire de type I et du trouble bipolaire de type II.

Dans la psychose maniaque grave, dans laquelle la sécurité immédiate du patient et la gestion des symptômes sont compromises, le contrôle comportemental urgent nécessite habituellement un antipsychotique de deuxième génération sédatif, parfois initialement complété par une benzodiazépine, telle que le lorazépam ou le clonazépam (voir tableau ).

Dans le cas d'épisodes aigus moins sévères, en l'absence de contre-indications (p. ex., troubles rénaux), le lithium est un bon choix thérapeutique initial dans la manie et les épisodes dépressifs. Puisque le délai d'efficacité est lent (4 à 10 jours), les patients qui présentent des symptômes significatifs peuvent également recevoir un anticonvulsivant ou un antipsychotique de 2e génération.

Les médicaments de première intention recommandés pour la dépression bipolaire de type I aiguë comprennent la quétiapine, une association de lurasidone et de lithium ou de divalproex, le lithium en monothérapie, la lamotrigine, la cariprazine ou la lurasidone; le traitement de première intention de la dépression bipolaire de type II aiguë est la quétiapine (1).

Des antidépresseurs spécifiques (p. ex., des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) sont parfois ajoutés en cas de grave dépression, mais leur efficacité est controversée; ils ne sont pas recommandés en tant que monothérapie des épisodes dépressifs. La kétamine s'est également avérée efficace dans le traitement de la dépression bipolaire sévère (4). L'halopéridol peut être efficace dans le cadre d'un épisode de manie aiguë.

Les stimulants, tels que la lisdexamfétamine, le méthylphénidate et le modafinil, peuvent être utilisés en cas de trouble de déficit de l'attention/hyperactivité concomitant, à condition que des régulateurs de l'humeur soient également pris en présence d'une manie, ou comme traitement adjuvant dans la dépression bipolaire résistante au traitement (5, 6).

Une fois la rémission obtenue, un traitement d'entretien par des régulateurs de l'humeur (y compris des antipsychotiques) ou une polythérapie est indiqué chez tous les patients présentant un trouble bipolaire de type I. Dans le cas d'épisodes récurrents au cours du traitement d'entretien, les médecins doivent déterminer si l'observance du traitement est mauvaise et si c'est le cas, si la non-observance a précédé ou suivi la rechute. Les raisons de la non-observance doivent être examinées afin de déterminer si un changement de type de stabilisateur de l'humeur ou le dosage rendrait le traitement plus acceptable.

Soutien et psychothérapie

S'assurer du soutien des proches est crucial pour prévenir des épisodes plus importants.

La thérapie de groupe et la psychoéducation sont souvent recommandées aux patients et à leurs conjoints; ils y apprennent des généralités sur les troubles bipolaires, leurs conséquences sociales et le rôle central des stabilisateurs de l'humeur dans le traitement (1, 2).

La psychothérapie individuelle, notamment la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie interpersonnelle, la thérapie centrée sur la famille et d'autres méthodes, peut aider les patients à mieux faire face aux problèmes de la vie quotidienne et à s'adapter à une nouvelle façon de se définir (1–3).

Plus de la moitié des patients pourraient ne pas respecter totalement leurs protocoles médicamenteux (1). Lorsque la non-observance est due au fait que les patients croient que ces médicaments les rendent moins alertes et créatifs, le clinicien peut expliquer que la diminution de la créativité est relativement rare, car les stabilisateurs de l'humeur offrent généralement la possibilité d'une performance plus uniforme dans les domaines interpersonnels, scolaires, professionnels et artistiques.

Il doit être conseillé aux patients de limiter la consommation d'alcool, de minimiser la privation de sommeil et de reconnaître les signes précoces de rechute.

Si le patient a tendance aux dépenses exagérées, la gestion des finances doit être confiée à un membre de la famille digne de confiance. Les patients présentant une activité sexuelle accrue durant les épisodes maniaques ou hypomaniaques doivent être informés des risques et de la prévention des infections sexuellement transmissibles, ainsi que des conséquences potentielles sur leurs relations.

Les groupes de soutien (p. ex., le groupe de soutien pour dépression et troubles bipolaires à Chicago, Depression and Bipolar Support Alliance [DBSA]) peuvent aider les patients en fournissant un forum pour partager leurs expériences communes et leurs sentiments.

Autres traitements

L'électroconvulsivothérapie (ECT) est parfois utilisée pour la dépression bipolaire réfractaire au traitement et est également efficace dans les épisodes maniaques (1–3, 7).

La photothérapie peut être utile dans le traitement des symptômes dépressifs du trouble bipolaire I ou II saisonnier (avec dépression automne-hiver et hypomanie printemps-été) ou du trouble bipolaire I ou II non saisonnier (8). Elle est probablement très utile en tant que thérapie de suppléance.

La stimulation magnétique transcrânienne, qui est parfois utilisée pour traiter la dépression sévère et résistante, s'est également avérée efficace dans la dépression bipolaire (3, 9).

Références pour le traitement

  1. 1. Keramatian K, Chithra NK, Yatham LN. The CANMAT and ISBD Guidelines for the Treatment of Bipolar Disorder: Summary and a 2023 Update of Evidence. Focus (Am Psychiatr Publ). 2023;21(4):344-353. doi:10.1176/appi.focus.20230009

  2. 2. Nierenberg AA, Agustini B, Köhler-Forsberg O, et al. Diagnosis and Treatment of Bipolar Disorder: A Review. JAMA. 2023;330(14):1370-1380. doi:10.1001/jama.2023.18588

  3. 3. Goes FS. Diagnosis and management of bipolar disorders. BMJ. 2023;381:e073591. Published 2023 Apr 12. doi:10.1136/bmj-2022-073591

  4. 4. Wilkowska A, Szałach Ł, Cubała WJ. Ketamine in bipolar disorder: A review. Neuropsychiatr Dis Treat. 16:2707-2717, 2020. doi: 10.2147/NDT.S282208

  5. 5. Tsapakis EM, Preti A, Mintzas MD, Fountoulakis KN. Adjunctive treatment with psychostimulants and stimulant-like drugs for resistant bipolar depression: a systematic review and meta-analysis. CNS Spectr. Published online July 9, 2020. doi:10.1017/S109285292000156X

  6. 6. Miskowiak KW, Obel ZK, Guglielmo R, et al. Efficacy and safety of established and off-label ADHD drug therapies for cognitive impairment or attention-deficit hyperactivity disorder symptoms in bipolar disorder: A systematic review by the ISBD Targeting Cognition Task Force. Bipolar Disord. 2024;26(3):216-239. doi:10.1111/bdi.13414

  7. 7. Perugi G, Medda P, Toni C, et al. The role of electroconvulsive therapy (ECT) in bipolar disorder: Effectiveness in 522 patients with bipolar depression, mixed-state, mania and catatonic features. Curr Neuropharmacol. 15(3):359-371, 2017. doi: 10.2174/1570159X14666161017233642

  8. 8. Dong C, Shi H, Liu P, et al. A critical overview of systematic reviews and meta-analyses of light therapy for non-seasonal depression. Psychiatry Res. 314:114686, 2022. doi: 10.1016/j.psychres.2022.114686

  9. 9. Trapp NT, Purgianto A, Taylor JJ, et al. Consensus review and considerations on TMS to treat depression: A comprehensive update endorsed by the National Network of Depression Centers, the Clinical TMS Society, and the International Federation of Clinical Neurophysiology. Clin Neurophysiol. 2025;170:206-233. doi:10.1016/j.clinph.2024.12.015

Points clés

  • Le trouble bipolaire est une maladie cyclique qui comprend des épisodes de manie avec ou sans dépression (bipolaire I) ou d'hypomanie plus dépression (bipolaire II).

  • Le trouble bipolaire affecte nettement la capacité de travail et d'interaction sociale avec un risque de suicide significatif; cependant, les états maniaques modérés (hypomanie) sont parfois adaptatifs, car ils peuvent produire une haute énergie, de la créativité, de la confiance, et un fonctionnement social supérieur à la normale.

  • La durée et la fréquence des cycles varient selon les patients; certains patients n'ont que quelques cycles au cours d'une vie, tandis que d'autres ont 4 épisodes/an (formes à cycles rapides).

  • Seul un nombre de patients limité alterne manie et dépression à chaque cycle; dans la plupart des cycles; l'un ou l'autre prédomine.

  • Le diagnostic repose sur des critères cliniques, mais l'abus de stimulants et des troubles médicaux généraux tels qu'une hyperthyroïdie ou un phéochromocytome doivent être exclus par l'examen et des tests.

  • Le traitement dépend des manifestations et de leur gravité, mais implique généralement des stabilisateurs de l'humeur et des médicaments antiépileptiques (p. ex., lithium, valproate, carbamazépine, lamotrigine) et/ou des antipsychotiques de 2e génération (p. ex., aripiprazole, lurasidone, olanzapine, quétiapine, rispéridone, ziprasidone, cariprazine).

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