- Introduction aux problèmes sociaux chez les personnes âgées
- Soins dispensés par la famille aux personnes âgées
- Personnes âgées vivant seules
- Auto-négligence chez les personnes âgées
- Modes de vie alternatifs des personnes âgées
- Effets des transitions dans le parcours de vie des personnes âgées
- Intimité et personnes âgées
- Religion et spiritualité chez les personnes âgées
La fin de vie est souvent une période de transition (p. ex., retraite, relocalisation) et d'ajustement à des pertes.
La retraite est souvent la première transition majeure rencontrée par les personnes âgées. Ses effets sur la santé physique et mentale diffèrent d'un sujet à l'autre, suivant la raison et l'attitude face à la retraite. Environ un tiers des retraités ont des difficultés à s'adapter à certains aspects de la retraite, tels que les revenus diminués et un rôle et des droits sociaux modifiés. Certaines personnes choisissent de partir à la retraite, après avoir attendu avec impatience de quitter un travail; d’autres sont forcées à partir en retraite (p. ex., pour des problèmes de santé ou la perte d'un emploi). Une préparation appropriée à la vie en retraite et une psychothérapie pour les retraités et les familles qui ont des difficultés permettent d'apporter un soutien.
Un déménagement peut survenir plusieurs fois pendant la vieillesse, p. ex., vers une maison de retraite dotée des installations désirées, vers un logement plus petit pour faciliter l'entretien de la maison ou vers la maison d'enfants ou de frères ou vers un établissement de soins. L'état physique et mental ainsi qu'une préparation réfléchie et adéquate sont des prédicteurs importants de l'adaptation au déménagement. Les personnes qui réagissent mal à un déménagement sont plus susceptibles de vivre seules après leur déménagement et/ou d'être socialement isolées, pauvres et/ou déprimées. Les hommes réagissent moins bien que les femmes.
Moins les personnes ont le contrôle sur le déménagement et moins prévisible semble-t-il, plus est important le stress du déménagement. Les personnes âgées doivent être mises au courant du nouvel établissement bien à l'avance. Dans le cas des personnes âgées présentant un déficit cognitif, un déménagement loin de l'environnement familier peut aggraver une dépendance fonctionnelle et un comportement anormal. En raison de complications financières, sociales, et autres, certaines personnes âgées ressentent le besoin de rester dans des maisons ou des quartiers à problèmes en dépit de leur volonté de déménager. Les travailleurs sociaux peuvent aider ces sujets à évaluer les options qui se présentent à eux en matière de déménagement ou de modification de leur domicile.
Le deuil touche de nombreux aspects de la vie d'une personne âgée. Par exemple, l'interaction sociale et les relations avec les amis baissent et le statut social peut changer. La mort d'un conjoint touche les hommes et les femmes de manière différente. Dans les 2 ans qui suivent la mort d'une épouse ou conjointe, la mortalité chez l'homme a tendance à augmenter, en particulier si le décès de l'épouse ou conjointe était inattendu. Chez les femmes qui perdent leur mari, les données sont moins claires mais généralement ne montrent pas une mortalité accrue.
Avec le deuil, certains troubles du sommeil et une anxiété sont normaux; ces effets disparaissent habituellement en quelques semaines ou en quelques mois sans traitement médicamenteux. En revanche, un chagrin prolongé et accablant est considéré comme un deuil pathologique appelé trouble de deuil prolongé (1). Elle se manifeste par les signes suivants:
Symptômes qui sont typiques d'un épisode dépressif majeur et qui durent > 12 mois
Sentiments forts et fréquents de désir du défunt et envie de rejoindre le défunt dans la mort
Déficience dans les domaines sociaux, professionnels ou d'autres domaines importants du fonctionnement (causés par le trouble)
Préoccupations ou pensées concernant le défunt ou sur les circonstances ou les conséquences de la mort
Perturbation de l'identité (p. ex., sentiment qu'une partie de soi est morte) depuis le décès
Emoussement émotionnel ou sentiments intenses de douleur émotionnelle, notamment de solitude, de choc, de vide, d'engourdissement/d'émoussement , d'injustice, de colère ou d'absence de sens
Incrédulité face au décès ou évitement ou réaction intense aux rappels ou aux souvenirs du défunt
Difficulté à se réintégrer dans ses relations et ses activités après la mort (p. ex., problèmes de relations avec les amis, de poursuite des intérêts ou de planification de l'avenir)
Les soignants et les professionnels de santé doivent rechercher de tels symptômes et être conscients que les patients endeuillés sont à haut risque de suicide et d'un déclin de leur état de santé. Dans le monde en 2017, la mort par suicide a été documentée chez environ 16 pour 100 000 personnes âgées de 50 à 69 ans et chez environ 27 pour 100 000 personnes âgées de ≥ 70 ans dans le monde, contre environ 11 pour 100 000 personnes âgées de 15 à 49 ans (2).
Aux États-Unis en 2022, le taux de suicide était environ 4 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (2). Les taux de décès par suicide chez les personnes âgées sont largement sous-estimés parce que les décès secondaires à une overdose d'opiacés ne font pas l'objet d'enquêtes et les décès intentionnels dus à l'arrêt volontaire de l'alimentation et de la boisson ne sont pas documentés (3). Les personnes âgées souvent ne donnent pas d'avertissements suicidaire et recherchent rarement un traitement de santé mentale. Les médecins sont moins susceptibles de proposer un traitement de la dépression aux patients âgés qu'aux patients jeunes. Bien que les personnes âgées tentent de se suicider moins souvent que celles appartenant à d'autres groupes d'âge, elles ont un taux de décès par suicide beaucoup plus élevé parce qu'elles sont plus susceptibles d'utiliser des armes à feu au cours de la tentative (70,8% des décès par suicide chez les personnes âgées [4]), ont plus de problèmes de santé, sont fragiles et évitent/échappent aux interventions et sont moins susceptibles de vivre avec d'autres personnes qui pourraient détecter et réagir à des tentatives de suicide. Ainsi, le risque de mort par suicide chez les personnes âgées ayant des idées suicidaires est très élevé.
Le dépistage en temps opportun de la dépression et des idées suicidaires est essentiel lorsque l'on travaille avec des personnes âgées. Les médecins doivent poser directement des questions sur le suicide (p. ex., "je sais que vous avez éprouvé des difficultés et que vous passiez pas mal de temps seul. Je me demande s'il y a des moments où vous pensez au suicide."). Les preuves d'idées suicidaires doivent conduire à une planification immédiate de la sécurité-anti-suicide. Avant la fin d'une interaction avec des personnes âgées suicidaires, les médecins doivent faire ce qui suit:
Programmez la ligne de vie 988 dans leur téléphone et leur montrer comment trouver et utiliser les informations dans leur téléphone pour appeler, envoyer des SMS ou discuter avec un conseiller.
Discuter des armes à feu et des autres moyens de suicide auxquels ils ont accès.
Faire preuve d'empathie et de sensibilité à la situation du patient (p. ex., "je sais que vous avez vécu beaucoup de choses. Je me soucie de vous et je souhaite vous revoir; votre sécurité est importante.")
Connecter les aidants et les membres de la famille aux ressources éducatives.
Développer un plan de sécurité anti-suicide qui aide les personnes à reconnaître ce qui induit des idées suicidaires et fournit une liste de stratégies d'adaptation et de ressources de soutien, y compris des applications pour tablette et smartphone à utiliser par les patients.
Les services de conseil et de soutien (p. ex., National Widowers Organization) peuvent faciliter les transitions difficiles. La prise à court terme de médicaments anxiolytiques peut aider les patients qui présentent une anxiété excessive et les traitements antidépresseurs peuvent réduire l'intensité des symptômes dépressifs. Cependant, une utilisation excessive ou prolongée doit être évitée car elle peut perturber le processus de deuil et d'adaptation. Le deuil prolongé et pathologique nécessite habituellement un bilan et un traitement psychiatriques.
Références
1. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition, Text Revision (DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing, Washington, DC, pp 322–327.
2. De Leo D. Late-life suicide in an aging world. Nat Aging. 2:7–12, 2022. https://doi.org/10.1038/s43587-021-00160-1
3. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Suicide Data and Statistics. Accessed October 29, 2024.
4. National Vital Statistics System. Mortality data, 2022. MMWR. 17(19):60, 2022.
Plus d'information
Les sources d'information suivantes en anglais peuvent être utiles. S'il vous plaît, notez que LE MANUEL n'est pas responsable du contenu de ces ressources.
National Institute of Mental Health (NIMH): Ask Suicide-Screening Questions (ASQ) Toolkit. Ce site web fournit un instrument de dépistage facile à utiliser, bref, direct et validé qui aide les professionnels de santé à évaluer le risque de suicide d'une personne. Cet outil comprend 4 questions et prend 20 secondes. Le NIMH (National Institute of Mental Health) fournit des conseils et des scénarios pour les professionnels de santé. Accessed November 26, 2024.
The Columbia Lighthouse Project: The Columbia Protocol for Healthcare and Other Community Settings. Ce protocole (également connu sous le nom de Columbia-Suicide Severity Score Scale) est un instrument de dépistage gratuit, basé sur des preuves avec des conseils adaptés aux différents contextes et une formation en ligne gratuite. Il aide les professionnels de santé à déterminer si une personne est à risque de suicide, à évaluer la gravité et l'imminencedu risque et à estimer le soutien dont cette personne a besoin. Accessed November 26, 2024.
Suicide Is Different: ce site web fournit des conseils, des outils et un accompagnement pour aider les membres de la famille et les soignants à soutenir une personne ayant des idées suicidaires et à prendre soin de leur propre bien-être. Accessed November 26, 2024.
Zero Suicide: ce site web fournit des ressources et des outils de formation pour améliorer les soins aux suicidaires dans les systèmes de soins. Il traite des stratégies qui peuvent améliorer les soins; ils comprennent la formation des membres du personnel, l'utilisation d'outils de dépistage et d'évaluation complets, impliquant les personnes à risque de suicide dans leur plan de prise en charge et l'utilisation de traitements fondés sur des preuves.
Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA): la SAMHSA fournit une application mobile qui aide les professionnels de santé à identifier et évaluer les patients à risque de suicide. Elle fournit des informations, des outils d'évaluation et des ressources auprès desquelles les patients peuvent obtenir un soutien.